Le 30 septembre dernier, le chambérien Philippe Zebracki clôturait la saison 4 des 7 Majeurs en décrochant le grade de « Maître ». Une récompense en guise de reconquête pour le dernier conquérant d’une saison 2019 particulièrement riche en émotions sur ce parcours de haut vol.

Féru de montagne, l’année 2019 de Philippe Zebracki était celle de la reconstruction physique et mentale après un accident survenu en août 2018 alors qu’il redescendait en rappel du sommet du Bric Bouchet. Un relais qui s’arrache, une chute, de 40 mètres, stoppée par sa corde qui se se coince dans une fissure. Un miracle… Suspendu dans le vide, il sera secouru par le PGHM. La vie sauve, mais les ligaments du genou en moins, il ne remontera pas sur un vélo avant la fin mars 2019 et se donne comme objectif de partir à la conquête des 7 majeurs pour tenter de devenir « Grand Maître »…

Dimanche 29 Septembre, 6 mois après sa reprise du vélo, il est 4h15 lorsque Philippe se réveille à Jausiers. Le thermomètre affiche 0°c et l’appétit n’est pas vraiment au rendez-vous pour ce petit déj matinal.

4h58, il fait toujours 0°C et Philippe entre en scène. Le col de Vars est franchi à 6h15. Il en reste encore 6 et la température ne décolle toujours pas. Heureusement, Philippe est bien équipé et le froid n’entame ni sa détermination ni  son coup de pédale. Après la longue remontée de la Durance en direction de Briançon, les premières pentes du col d’Izoard se présentent. Les sensations sont bonnes et voilà la seconde difficulté en poche. 

Dans la 3e ascension du jour, l’Agnel, Philippe connaît un premier passage à vide. Il est déjà midi lorsqu’il atteint le sommet et n’a pas beaucoup mangé depuis le réveil. L’heure d’une pause s’impose ! 

Ragaillardi après un bon plat de lasagnes, il s’attaque au terrible col de Sampeyre puis s’engage dans la descente chaotique par Elva où la route n’en est plus vraiment une, où le goudron a laissé la place aux nids de poule et à la caillasse. Une route à l’abandon, barrée par des plots en béton, totalement hallucinante avec ses tunnels et ses rambardes arrachées. La route de l’impossible, celle qu’il ne faut surtout pas prendre lorsque l’on descend de Sampeyre ! Qu’importe, Philippe s’en affranchira sans dommage.

Le jour commence a décliné lorsque le col de la Fauniera se présente. L’ascension semble interminable, le vélo paraît collé à la route mais le décor est somptueux et Philippe évolue seul au monde.

La nuit finit par s’installer alors que la descente sur Demonte est engagée. Il est temps de penser à reprendre des forces pour les 2 dernières difficultés. Une pizza et du coca feront l’affaire !

Il est minuit lorsque Philippe atteint le sommet du col de la Lombarde. Avant de s’engager dans la descente et de basculer en France, il s’accorde une énième pause et se ravitaille en sucre et salé.

L’approche de la Bonette s’effectue au cœur de la nuit. Des renards, des chevreuils, et même un cerf traversent la route. Puis soudain, les aboiements de 2 chiens se font de plus en plus menaçant.  Les pensant attachés ou dans un enclos, Philippe se rend compte qu’ils sont sur la route. Ils semblent être énormes et foncent sur lui. Il faut fuir et rapidement ! Philippe se dresse sur les pédales, donne tout ce qui lui reste et hurle tout ce qu’il sait. Les 2 patous vont finalement le laisser poursuivre sa route mais Philippe n’est pas rassuré, craignant retrouver à nouveau des chiens dans la montée de la Bonette et de ne pas pouvoir les semer. 

Il décide alors de s’arrêter et de reprendre sa route au lever du jour. Un peu après 3 heures du matin, il s’installe sur le bas côté de la route avec sa couverture de survie pour une nuit de fortune.

Le réveil à 8 heures n’est pas terrible. La nuit a été froide et le confort très précaire. Il faut pourtant remonter en selle pour rallier l’ultime col de ces 7 Majeurs, la Bonette et sa cime culminant à 28002 m d’altitude. Le versant sud est celui que préfère Philippe mais après tant d’efforts consentis depuis le départ et une nuit précaire, la partie s’annonce rude d’autant qu’un fort vent du nord s’est invité pendant la nuit.

Le compteur peine à dépasser les 6-7 km/h, mais la délivrance n’a jamais été aussi proche. Porté par une volonté décuplée après l’accident survenu un an plus tôt, Philippe pose enfin le pied sur le toit du Mercantour et se laisse envahir par une émotion profonde. Un an qu’il attendait ce moment et le voilà désormais « Maître » de la Confrérie des 7 Majeurs. Une consécration symbolique mais qui revêt un caractère spécial après un si long chemin, celui de la reconquête pour le dernier conquérant de la saison 4. Ca vaut bien une bonne « Sauvage »…

Rendez-vous en juin 2020 pour le début d’une 5e saison que l’on espère aussi riche en émotions. Bravo à toutes celles et ceux qui se sont élancés à la conquête des 7 Majeurs.