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Les forçats des 7 Majeurs

C’est une aventure véritablement hors norme qu’ont réalisé James Bansac et Sébastien Spanneut en intégrant les 7 Majeurs dans leur tour du sud de la France, soit 4500 km, 70 000 m D+ avalés et digérés en 44 étapes. Coursiers à vélo, rouler avec des vélos chargés ne l’effrayent pas, même lorsqu’il faut faire face à autant de difficultés. C’est donc avec des vélos accusant près de 40 kg qu’ils sont devenus « Membres » de la Confrérie des 7 Majeurs au terme de 5 jours d’effort et en en ayant déjà 40 dans les jambes !

Arrivant à Isola en provenance du col de Saint Martin, ils décident d’attaquer les 7 Majeurs en fin de journée en grimpant la Lombarde. 

Voici la suite de leur aventure :

Le lendemain la Fauniera nous attend. Il pleut lors de l’ascension et nous nous perdons de vue. Arrivé au sommet je descends en direction du col de Morti mais je loupe l’intersection pour rejoindre Ponte Marmora et j’arrive à Monterosso Grana où je décide de m’arrêter pour faire une pause et attendre Séb. Ne le voyant toujours pas arriver, je regarde ma carte et je me rends compte de mon erreur…  J’ai descendu 20 km pour rien ! Pas le choix, il me faut remonter là haut et le panneau à la sortie du village m’indique 7.6 % de pente moyenne.

Dépité je me reprends vite et préviens Seb de mon erreur mais avec mon chargement, une erreur pareille se paye très cher. Les passages à 12, 14 et 15% sont nombreux et me poussent dans mes derniers retranchements.

De son côté, Seb doit affronter une pluie battante qui l’oblige à se mettre à l’abri dans une maison abandonnée au hameau de Tolosano où il va donc m’attendre.

Lorsque je le retrouve, épuisé, j’achève l’une de mes plus dures journée sur un vélo par un bon bain dans un lavoir où l’eau est littéralement glacée !

Nous passerons la nuit ici et au réveil, autant dire que je suis encore KO. Mais on ne minaude pas avec les 7 majeurs et on s’attaque à Sampeyre malgré la pluie et on enchaîne avec Agnel qui va nous achever avec ses 9 derniers km à 10% de moyenne. Nos arrivons au sommet au coucher de soleil et entamons la descente plein phare et gelés jusqu’à tomber sur quelqu’un qui nous héberge gratuitement pour la nuit dans son chalet.

Après une bonne nuit, place à l’ Izoard qui se passe sans trop de soucis. On fonce ensuite sur Vars mais les orages nous contraignent à nous arrêter à Sainte Marie de Vars où nous dormirons à même le sol.

Le lendemain nous repartons donc pour le col de Vars et le très long col de la Bonette. Les organismes sont éprouvés mais c’est avec une joie extrême que nous arrivons enfin à Isola, terme des 7 Majeurs mais pas de notre journée puisque nous décidons de poursuivre jusqu’à Sauveur sur Tinée et d’enchaîner avec l’ascension de la Couillole, notre 8e majeur ! 

Bruxelles, les 7 Majeurs, Bruxelles : Olivier avait la foi !

Je décide en cette fin de saison, de manière un peu improvisée, de retenter les 7 Majeurs. Je n’ai plus l’entraînement (4-5h / semaine en moyenne sur l’été) ni la préparation pour m’y présenter avec les armes nécessaires, mais je compte sur la foi. Parti initialement samedi à 16h pour pouvoir faire le chemin en deux fois et dormir une nuit complète, je me rends compte après 3h de route que j’ai oublié mon GPS. Pas de GPS, pas de trace, pas de navigation, pas d’homologation. Je fais demi-tour.

Bruxelles, 22h, pas le courage de repartir dans l’autre sens. Après 4h de sommeil, je prends la route. 15h à Briançon. 15h30 sur la selle. Après 3km d’Izoard, crevaison, je redescends au parking où j’ai laissé ma voiture pour remettre une pression suffisante dans mon pneumatique. 15h50 départ réel, c’est la bonne.

Izoard, 2361m. Redécouvrir ce col déjà parcouru. Il est facile, et devient plus intéressant sur ses derniers km. Rien à signaler. Je bascule et me retrouve du côté de la Casse Déserte. Je suis sans mot. Alors qu’en juin la scène était enneigée, ici la roche est rousse et or, et la végétation vire au vert bouteille. Je profite au maximum de cette vue où les roches viennent piquer le ciel. Scène presque belliqueuse où rivaux et grands champions ont croisé le fer et la pédale.

Agnel, 2744m. Etant donné mon départ tardif en journée, j’espère être au sommet avant la tombée de la nuit. Coup de pédale fluide et prudent sur la première moitié, coup de pédale saccadé et effrayé en approchant le sommet. Je m’éteins au fur et à mesure des kilomètres et la nuit se fait menaçante. Froid, en manque d’énergie, la fatigue accumulée des dernières semaines avec les salons, et l’entreprise téméraire depuis Bruxelles ont raison de moi. La suite sera un calvaire. Je dois donner des coups de reins pour avancer et me battre avec ma machine. Le vent souffle et l’atmosphère pèse, les nuages de plus en plus nombreux noircissent, le ciel va tomber. Il ne faut pas rester ici. Zéro degré au sommet, deux rapides photos et un salut à Scarponi et je descends.

Trempé de l’ascension, j’ai voulu descendre au plus vite sans me couvrir plus et profiter des dernières minutes de semblant de clarté. Erreur fatale : la descente est horrible. Je suis gelé, mes mains engourdies, le vent est violent et glacial. Je dois crier de rage dans cette immensité pour presque rester vivant. Un peu plus bas, doigts hasardeux, je passe mal le grand plateau, la chaîne se coince et en pédalant sans grande lucidité je la coince. Elle perdra sa fluidité et chaque tour de manivelle engendrera un saut de chaîne, ça ne s’arrêtera plus mais je ne sais pas ce que c’est !

Arrivé à Castedelfino dans la vallée je tente d’identifier le problème. Elle est en fait tordue sur 3-4 maillons. Je n’ai pas les outils pour redresser et je tremble dans le noir, impossible de réparer. Ma jauge de moral est à zéro, ma jauge d’énergie est à zéro, et la jauge de fatigue touche le bout. Par chance je trouve une auberge à Sampeyre.

Je comprends que ma volonté ne pourra surplomber la réalité physique : l’organisme dit stop, après une nuit de 4h, 11h de voiture, et 5h de vélo. Je m’éteindrai dans le gîte, sans rien savoir avaler, et sur le méchant constat d’être incapable de réaliser la boucle d’un seul trait.

Lundi 6h le réveil sonne. Il faut que je répare ma chaîne. L’aubergiste a quelques outils dont une pince qui me sera d’une aide précieuse. Chaîne redressée, je repars à l’assaut de Sampeyre mais avec la plus grande humilité. Sampeyre, 2361m. Ce long col aux pourcentages italiens (pas besoin de plus d’explications !) m’accueille et m’offre ses pentes à l’aube. Les premiers rayons du soleil percent les arbres se dénudant de leur feuillage pour enjoliver la nouvelle saison qui se présente. Les tons dorés et auburn de la forêt enchantent l’instant. J’arriverai au-dessus sans trop d’encombres. Rendre hommage à la Madone et dévaler l’autre versant. Descente capricieuse avec un revêtement en mauvais état. Ca use les avant-bras et brûle les patins de freins.

Fauniera, 2511m. Aaaah, Fauniera ! Fauniera… Colle dei Morti. Tu portes bien ton nom. Heureusement, tu n’es que la deuxième ascension de la journée, et je t’apprivoise cette fois-ci par le côté le plus doux. L’ascension par Demonte est un véritable enfer et je m’y suis plusieurs fois cassé les dents. Stroppo est plus accessible. Les pourcentages sont irréguliers et énergivores, à l’instar d’une route dégradée qui dépeindra au fur et à mesure sur le ciel. L’ambiance au-delà de 2000m est toujours aussi étrange, le calme plat, le vent pour seul maître du temps.

Le brouillard s’invite et bientôt on ne voit plus rien à 100m. J’aperçois Marco Pantani qui trône fièrement, dérangé par ces motards qui viennent gâcher l’atmosphère solennelle. Stérile de toute vie, cette cîme n’invite toutefois pas à établir campement. Il faut descendre, 25 longs km jusqu’à Demonte, où il sera 13h30. Un plat de pâtes, du poulet et 2 americano, et c’est reparti après un bon break.
Lombarde, 2350m. J’avais un mauvais souvenir de cette ascension par le versant italien, et je crains que celui-ci se réitère : une masse nuageuse me court après depuis Fauniera mais je ne veux pas être mouillé. Je monte donc à un rythme assuré et alterne danseuse et selle. Ce repas copieux m’a redonné des ressources insoupçonnées, j’avale le col sans souci et tombe vers Isola.

Lundi, la journée se termine, Isola. De violentes bourrasques froides ont giflé le versant français de la Lombarde, je ne suis pas très rassuré, m’étant fait déporter 2-3 fois en tenant pourtant bien fermement le guidon. L’obscurité viendra angoisser mon état et au pied de la Bonette, je ne trouve pas la niac pour aller chercher les 26km terminant dans son paysage lunaire et ténébreux. La Bonette, on ne s’y aventure pas par hasard, c’est elle qui vous porte, qui décide de votre issue. Je le sais, je la respecte, et je sais que je peux tout y perdre. Ayant craqué déjà la veille, je capitule face à sa grandeur, et décide de monter à Auron pour dormir et me reposer. Je repartirai demain matin après 6h de sommeil.


Mardi, 8h, pied de la Bonette. Je réalise que je suis toujours dans les temps pour être Maître de la Confrérie mais il ne me reste que 7h50 pour rallier Briançon. Je prends donc un rythme tout en gestion et monte l’immense et majestueuse Bonette au lever du jour. Un vent bien frais souffle les herbes hautes couchées, où l’on devine ci et là de coquines marmottes ! 10h passée de peu, j’arrive à la Cîme et entame la descente vers la vallée de l’Ubaye.

Jausiers, 11h. Une boulangerie où j’enfile une part de pizza et un pain saucisse, et un café près de l’office du tourisme où je rencontrerai ce cher Guy Moron, venu me saluer à ma table ! Belle rencontre Guy, où l’on échangera quelques mots et notre passion pour le vélo et les 7 Majeurs, en clin d’œil à Patrick Gilles et à cette formidable initiative.

Vent de face pour rallier le pied du Col de Vars, mais c’est le dernier Colosse avant Briançon. Un début roulant, qui se redressera par la suite, entre deux grandioses versants illuminés par un chaleureux soleil. Il ne me reste plus que quelques km mais je veux profiter de l’instant. Je m’arrête plusieurs fois pour admirer, respirer, écouter. Ecouter la montagne, la sentir, lui dire aurevoir. Col de Vars, 2102m. Je ne peux y rester trop longtemps, j’ai vu la montre tourner et le moindre pépin pourrait me coûter cher. Je descends et plonge vers Guillestre, puis ce faux-plat jusqu’à Briançon, nez dans le guidon.

Briançon, 15h01. La boucle est bouclée. 21h de ride et 47h11 en tout.

Retour immédiat sur Bruxelles après une bière et une transition vélo-voiture pas évidente. Arrivé à 4h30 dans la nuit, dormir.

Je courrais après cette boucle depuis un petit temps, après avoir essayé et échoué pour diverses raisons Ici, un peu dans l’impro, non préparé et non reposé, le faire d’un coup était une illusion. Mais le faire quand même, le faire, en hommage et en respect pour cette royale épreuve.

Morale de l’histoire : Bruxelles-Briançon-7 Majeurs-Briançon-Bruxelles en 72h. Une classique à déconseiller !

Les 7 Majeurs en duo

Forts de notre préparation des 9 derniers mois, c’est enthousiastes et confiants que nous quittons la Belgique le samedi 22 septembre 2018 aux petites heures pour relever le défi des 7 Majeurs. 

Afin de s’acclimater à l’altitude et permettre à Céline de parfaire ses aptitudes à la descente de cols, nous faisons étape quelques jours à Vaujany dans les environs de Bourg d’Oisan. Après l’ascension de l’Alpe d’Huez, du col de Sarenne, du col du Sabot et de la Croix de Fer, notre enthousiasme et notre confiance initiale font place au doute et à la raison… Le défi des 7 majeurs qui nous attend les jeudi 27 et vendredi 28 septembre sera du costaud.

Après une bonne nuit de sommeil à Auron, un petit déjeuner copieux et un dernier briefing avec notre accompagnateur Gauthier, nous prenons le chemin du départ que nous avons fixé à Isola village. A 8h33 précisément, petite photo et nous prenons le départ sous le soleil mais la température est encore fraiche, pas plus de 7 degrés. Les premiers kilomètres défilent rapidement et nous sommes tout sourire lorsque nous atteignons sans encombre le pied de la première difficulté du jour : le col de la Bonette.  L’ascension est agréable, beau soleil, pas de vent et circulation très calme. Nous passons les 2000 m, tout va pour le mieux, les jambes sont bonnes. Les marmottes nous observent d’un air moqueur, nous semble-t-il, elles doivent sûrement se demander pourquoi on roule si lentement; lors du Tour de France, les coureurs passent au moins deux fois plus vite… Nous restons dignes, concentrés et atteignons le sommet pour la première photo souvenir.

Pas plus de 5 minutes et nous repartons direction Vars.Le soleil est presque au zénith quand nous entamons le deuxième col de la journée, la fraicheur a fait place à une chaleur intense, le thermomètre indique 26 degrés et pas un soupçon de vent. Nous buvons beaucoup et Gauthier, notre ravitailleur, ne chôme pas. Malgré cela nous prenons un « coup de chaud » et les cinq derniers kilomètres de l’ascension nous paraissent interminables. Un aigle nous survole, il a dû percevoir notre perte de vitalité et, opportuniste, il doit se dire que, sur un malentendu, il tient peut-être là un bon repas… Pas de chance pour lui, le sommet est atteint et la descente vers Briançon est lancée tambour battant.

La transition vers le prochain col est très longue et le trafic très dense, pas agréable du tout. Seul point positif : le vent est fort et de dos. Nous nous faufilons à travers les embouteillages dans le centre de Briançon en travaux et nous lançons à l’assaut des pentes de l’Izoard. Montée agréable, la température est redevenue correcte, nous profitons de la nature et de la magnifique forêt d’épineux que nous traversons.  Rencontre du troisième type à quelques encablures du sommet : nous croisons un groupe de cinq jeunes qui descendent, tels des trompe-la-mort, en skate-board avec un casque pour seule protection ! Et nous qui pensions être des cascadeurs en dévalant les cols à vélo… Troisième sommet vaincu ce jour, petite photo souvenir, le soleil se couche, la température est redescendue rapidement, nous nous équipons chaudement, installons les lampes sur les vélos et prenons la direction de Château-Ville-Vieille ou nous ferons étape pour la nuit.  Super soirée et diner de roi à la Baïata du Loup (La Chalp), un gîte à recommander; tout y était parfait.

Après une nuit réparatrice, nous voilà repartis pour les dernières 24h avant d’atteindre notre objectif. Il fait très froid, notre suiveur a dû gratter le pare-brise.  Les premiers tours de pédales sont lourds et douloureux et le col d’Agnel arrive un peu vite, nous ne sommes pas encore vraiment chauds.  Mais finalement ça grimpe bien et le sommet est atteint plus rapidement qu’escompté. Nous suivons à présent notre petit rituel, un grand sourire, un petit bisou, une photo, un habillage et hop c’est reparti !

La suite va être moins drôle. En bas du col, nous prenons à gauche et non à droite, emportés par notre élan et notre envie de bien faire nous dévalons dans la mauvaise direction, 28 km avant de nous en rendre compte… Nous stoppons les GPS, mettons les vélos sur la voiture et revenons sur nos pas à l’intersection ratée pour reprendre la route. Pas mal de forces laissées dans l’aventure, nous entamons les premiers lacets de Sampeyre en silence, le regard bas, la journée va être longue, très longue. Col pas facile, il fait à nouveau très chaud et l’état de la route ne rend pas très bien la force mise dans chaque coup de pédale, le moral n’est pas au beau fixe. Comme souvent, la forme peut revenir avec un petit ravito que nous prenons un peu avant le sommet, nous profitons de la vue magnifique et faisons les comptes.

Il faut bien se rendre à l’évidence : la fin de Fauniera et la descente vers Demonte se feront dans le noir. Fauniera, parlons-en… Nous sommes assez perturbés, aucune trace de ce col sur les panneaux, nous nous arrêtons à quatre reprises et à chaque croisement afin de comparer les tracés GPS, plein de choses indiquées partout mais pas de Fauniera… Plus de choix à présent, il ne reste qu’une route, nous devons donc probablement être sur la bonne. Dur, dur, le revêtement est encore plus mauvais que dans Sampeyre et quelques murs très raides complètent le tableau.

La nuit est tombée, il fait froid et le doute s’installe. Nous arrivons au sommet, du moins on le pense, toujours aucune trace de Fauniera. Nous faisons la photo devant une stèle à la mémoire du célèbre coureur italien Marco Pantani, nous nous harnachons pour la descente et prenons à droite direction Demonte. La voiture nous précède et, à mon grand étonnement, je ne la vois pas plonger mais bien monter encore… C’est donc bien cela, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines avec ce satané col de la Fauniera. Mais soudain miracle : pour la première fois, le nom du col apparaît. Cette fois on y est !  Nous sommes épuisés et redoutons la descente dans le noir.

Quelques frayeurs plus loin (dont un chat qui y a probablement laissé sa queue), nous arrivons à Demonte ou nous passerons la nuit. Pizzas, pasta et fiesta… Enfin fiesta pas pour nous. Pas de chance : l’hôtel accueille un mariage. La nuit sera courte : trois heures de sommeil et pas une minute de plus.  Nous aurons en tout cas parfait notre connaissance du répertoire italien de chansons populaires…

Départ pour la dernière ligne droite à 4h30.  Il fait encore nuit évidemment mais la température est correcte en comparaison des deux jours précédents. Le pied du dernier col de notre challenge est atteint sans encombre via un tronçon en léger faux-plat bien roulant.  Commence alors la course contre la montre avec pour objectif, rappelons-le, d’être de retour à Isola en moins de 48h, soit avant 8h33. Le revêtement de la route est bien meilleur que les deux premiers cols italiens. Il fait un silence de mort, juste le sifflement du vent qui se renforce de lacet en lacet. Nous quittons la forêt et attaquons la deuxième moitié du col de Lombarde avec un vent de face assez puissant quand le jour se lève. A ce moment, la température diminue brusquement, l’altitude n’arrangeant rien évidemment. Contrairement aux cols français, pas de panneau indiquant les km et les pourcentages de pente, c’est l’aventure et, honnêtement, le stress de voir la route s’élever brusquement. Nos lampes clignotent et cela nous rassure, nous devrions éviter les balles des chasseurs levés tôt pour assouvir, comme nous, leur passion. On s’encourage mutuellement, on est dans les temps mais il ne faut pas de défaillance ou de pépin technique. Gauthier nous dépasse et nous attend au sommet. Nous l’apercevons à présent, un sentiment merveilleux nous inonde et nous pédalons comme jamais, plus de mal aux jambes ou de souffle court, nous volons littéralement sur la dernière difficulté de notre parcours. Ca y est, c’est fait nous y  sommes ! Nous fondons en larmes et nous prenons dans les bras, un bonheur inexplicable.

Quelques minutes pour reprendre nos esprits et nous plongeons vers Isola à la vitesse de l’éclair. A notre arrivée, les cloches de l’église du village se mettent à sonner pour nous accueillir, pur hasard mais il fait bien les choses, il est huit heures pile et nous venons de boucler la boucle en 47h et 27 minutes.

Voilà notre récit de cette merveilleuse aventure, humaine et de connaissance de soi. Quelle expérience magnifique, nous avons bien conscience que la météo nous a été très favorable et que toutes et tous n’ont pas eu ou n’auront pas notre chance.  Avant de terminer, nous souhaitons remercier du fond du cœur notre ami Gauthier Vanhove sans qui tout cela n’aurait pas été possible. Merci pour les ravitaillements, pour ton esprit positif, pour les encouragements et pour ta bonne humeur permanente.

Franck & Céline

La balade sereine de Aymé Arnaud

J’ai eu connaissance de l’existence de la confrérie des 7 majeures courant 2016. Après renseignements sur le site, j’ai pensé que ce n’était pas à ma portée en 24 heures. L’idée a mûri et dès le printemps 2017 j’ai commencé à l’envisager et à me préparer.

Après trois mois d’entraînement et près de 5 000 km au compteur avec beaucoup de dénivelé, je me lance. Vendredi 16 juin, à 21 heures, toutes les conditions sont réunies : météo favorable, suiveurs en voiture disponibles…

C’est parti du plan d’eau de Jausiers ! Le col de Vars est atteint 1h30 plus tard. La descente vers Guillestre est avalée ainsi que la remontée jusqu’à Briançon. Je suis bien. J’appréhendai la nuit mais finalement j’éprouve énormément de plaisir dès les premières pentes du col d’Izoard. Pas de voiture, pas de bruit, la concentration est totale. Je suis dans ma bulle. Le sommet du col est atteint à 2h15. Il fait 11°, température exceptionnelle pour la saison à cette altitude.

Après une descente sans encombre, me voilà au pied du col Agnel, repéré une dizaine de jours auparavant. Le col est atteint avec le lever du jour, à 5h15. 7° à 2700 m, que du bonheur ! Je m’accorde une petite pause au pied de Sampeyre pour recharger les batteries. Le petit déjeuner a été préparé avec soin par Philippe et Fabrice qui m’accompagnent.

Sampeyre est vaincu à 8h25, sans difficulté et toujours avec une météo idéale. Dans la descente, un troupeau de vaches m’oblige à m’arrêter. Je perds un quart d’heure mais pas de quoi entamer mon optimisme. Avant de commencer le col de Fauniera, on se renseigne pour savoir si le col est bien ouvert et praticable pour ma voiture suiveuse. Les avis divergent, on ne prend aucun risque, Fabrice fera le tour par Cuneo tandis que Philippe m’accompagne à vélo pour parer à tout problème mécanique. Fauniera est atteint à 11h55.

Vigilance dans la descente jonchée de cailloux dans la première partie et puis la circulation (vélos et motos) est dense. Deuxième pause avant d’attaquer la Lombarde. Je suis serein et en forme. A 16 heures, j’ai réussi le 6e « majeur ».

Après une descente rapide et un vent favorable qui me ramène à Saint-Etienne de Tinée, place à La Bonette. Je retrouve Stéphane qui est venu à ma rencontre en vélo. Philippe est toujours à mes côtés. On attaque à 3 la dernière difficulté. A part des crampes sous la voûte plantaire qui m’oblige à effectuer une petite pause, je reste fixé sur mon objectif. Je reste confiant. La cime de La Bonette est passée vers 19h50.

J’ai du mal à entamer la dernière descente car je sens la fin de l’aventure proche et je n’ai pas envie que ça se termine. Mon équipe me presse à redescendre pour être dans les temps et ne prendre aucun risque. 20H36, arrivée au plan d’eau, il est temps de boire une bonne bière fraîche apportée par Martine et Sylvie.

Je souhaite à tous les futurs participants d’avoir autant de chance que moi et de réaliser ce défi avec une aussi bonne météo, d’aussi bonnes sensations et sans aucun pépin mécanique. Encore merci à mes deux accompagnateurs et à Patrick Gilles d’avoir eu cette idée qui peut paraître un peu folle mais qui m’a procurée 24 heures de plaisir !

Alain Bellagamba tient sa revanche !

Après une tentative infructueuse dimanche dernier où j’ai dû abandonner sur une casse mécanique après 5 cols et 260kms, je me suis remotivé immédiatement pour repartir samedi matin à 4h00 du matin depuis Jausiers pour ce périple de 365 kms et 10400m de dénivelé.

Pour ne pas être lassé je fais l’itinéraire en sens inverse. La forme est là et la Bonette, puis la Lombarde sont bouclés avec un bon tempo. A l’amorce de la Fauniera depuis Demonte, la température monte très vite et il fait déjà chaud. Je gère bien la montée et tout ce passe correctement. la descente sur Ponte Marmora est sans pitié pour les freins et les mains sont vites endolories.

J’attaque l’ascension du col de Sampeyre depuis Stroppo où il fait 32° à l’ombre. Je suis en nage et le soleil très agressif. Je souffre de cette chaleur et je suis obligé de réduire mon rythme. La descente sur le village de Sampeyre est également exigeante physiquement et il faut redoubler de prudence sur cette petite route très fréquentée ce samedi. Au village je prends peur en regardant le thermomètre qui affiche 36°.

L’ambiance est lourde. Dès les premiers coups de pédale je suis assommé, le coup de chaleur est là. Je m’arrête, je m’allonge et je m’asperge d’eau, mais c’est trop tard je suis totalement abattu.

Le long et difficile col Agnel versant Italien va tourner au cauchemar. Je ne peux plus rien avaler, que ce soit eau ou nourriture. Au courage et en cherchant la motivation dans tous les recoins de mon cerveau je parviens au sommet épuisé. Je ne sais pas si je peux continuer l’aventure, mais je ne veux pas renoncer.

J’amorce la montée suivante vers le col de l’Izoard en état second. Le manque d’énergie et de boisson se fait sentir. Je prend un rythme de survie et petit à petit je monte. Je fais l’intégralité du col sans boire ni manger. La photo au monument et faite très vite car l’orage gronde maintenant.

Je m’élance dans la descente vers Briançon, mais au bout d’un kilomètre il pleut. la route se détrempe et dans la nuit il faut être prudent. A Briançon je m’efforce de manger un petit sandwich, mais rien à faire il ne passe pas.

Je continue sur Guillestre sous une forte pluie et des éclairs énormes. Par endroit je ne vois rien et mes yeux se ferment pour éviter les grosses gouttes. J’attaque alors le col de Vars diminué mais maintenant totalement déterminé. J’arrive enfin à prendre une banane, mais l’eau. Je fais toute la montée avec obstination. Je ne peux pas vraiment profiter du moment, des animaux débusqués à la lueur de ma frontale, de la voie lactée qui apparaît maintenant que le vent ait chassé les nuages et éloigné l’orage, de la magie de progresser dans le noir sans bruit. L’arrivée au col est intense et je suis vraiment ému, mais cuit !

La descente sur Jausiers pour boucler la boucle se fait encore sur une chaussée mouillée et dangereuse, je me force pour rester vigilant et tonique, alors que je suis fatigué. L’entrée à Jausiers à 02h50 est magique, Vincent m’attend en vélo et fait les derniers tours de roue avec moi, Guy et son épouse sont là, enthousiaste et bienveillants, ma femme et mon fils toujours à mon petit soin, j’ai vraiment de la chance.

Cerise sur le gâteau Guy à apporté une bouteille de champagne et les coupes qui vont avec et c’est dans une atmosphère un peu irréelle par rapport à ce que je viens de vivre, que nous trinquons à 03h du matin en plein centre du village, tous heureux de ce moment pas comme les autres. Les 7 Majeurs à vélo enfin bouclés !

Un immense merci à mon épouse, mon fils, Vincent et une mention exceptionnelle pour Guy et son épouse, ils se reconnaîtrons !

Le pied-tendre et les 7 salopards

C’est avec une appréhension certaine que je me rends à Jausiers, point de départ choisi pour ce challenge des « 7 Majeurs ». C’est une grande première fois : je n’en ai grimpé aucun auparavant !
Premier petit coup de stress : j’ai oublié mon câble micro USB pour recharger mon GPS et mon compteur. Après avoir fait chou blanc dans plusieurs magasins, je fini par en dénicher un dans un magasin de téléphonie du centre-ville de Jausiers.
J’ai côché cette date depuis plusieurs mois, qui réunit plusieurs avantages : c’est la pleine lune et j’espère ainsi profiter un peu des paysages des montagnes traversées la nuit et avoir des descentes avec un minimum de visibilité ; les jours n’ont pas encore trop raccourcis (Donc nuit plus courte) ; enfin j’espère une nuit pas trop froide.

Initialement, je devais partir vers 18h00 pour faire les cols italiens de jour, sur les conseils de Pascal P., l’état de leur revêtement étant assez dégradé. J’avance un peu mon horaire vers 16h-16h30, car je redoute les orages de chaleur de fin de journée qui sévissent actuellement. J’en ai subi un la veille en arrivant : ils sont violents, soudains, avec de fortes précipitations.

Un peu avant 16h20, je m’élance direction le col de Vars. Les sensations sont moyennes, le coup de pédale pas super. Les 800 bornes de voiture la veille ne doivent pas y être étrangères. Comme redouté, le ciel s’assombrit et de gros nuages noirs s’agrègent sur les sommets alentour. J’atteins le col de Vars au sec, mais avec un fort vent de face pendant l’ascension. Je bascule, pas de nuages. J’ai le sentiment que le lac de Serre Ponçon favorise ces concentrations orageuses sur les massifs qui le surplombent.

Commence alors cette phase de transition vers Briançon avant d’attaquer l’Izoard. Il fait chaud et le vent ne faiblit pas. J’arrive à Briançon en début de soirée. Les terrasses de café sont pleines, la saison estivale est lancée. Je refais le plein des bidons en m’octroyant un diabolo menthe et un Magnum.

L’Izoard : ce nom évoque pour moi des images en noir et blanc, des silhouettes courbées sur leur machine, leur poitrine ceint d’un boyau, dans un décor granitique, minéral, sur des routes plus proches du sentier de chèvres. L’ascension par Briançon ne correspond pas à cette description. Mais à l’approche du sommet, la roche prend le pas sur les alpages. Cette impression lunaire, désertique est accentuée par ce moment de la journée, que l’on nomme aussi « entre chien et loup ».

L’autre versant est irréel. Me voilà en plein dans la Casse déserte ! Il y pas mal de monde venu profiter du coucher de soleil dans cet environnement singulier.
Le Queyras : Château Vieille Ville, Môlines sont les noms dont je me souviens. Je ne connais pas du tout ce coin de France. J’en ai juste entendu parler. L’aperçu furtif m’a plu : villages de montagnes peu affectés par nos canons urbains actuels.
La transition Izoard – Agnel est rapide. Je prends soin de m’alimenter entre chaque col. Avec mon petit moteur, je fais appel à des filières énergétiques ayant une autonomie limitée. La nuit est bien installée maintenant. La montée de l’Agnel est plaisante : je livre mon impression, car je ne vois pas grand-chose ; elle est émaillée de plusieurs villages et autres hameaux, de nombreuses fontaines jalonnent la route : pas de risque de tomber en panne d’eau.

Au sommet : prises des photos, manchettes et hop c’est reparti à l’assaut des 3 cols italiens au menu. Je mets en charge mon GPS de guidage : il est à 0%. Et crac, avec ma délicatesse habituelle, je casse le plastique de l’embout. Je n’ose plus toucher à rien, ça à l’air de toujours fonctionner. Quel con ! C’est transi que j’arrive à Casteldelfino. J’ai presque envie de vomir. C’est de ma faute. J’ai descendu l’Izoard en court et j’ai juste mis des manchettes pour la descente d’Agnel. Mon maillot est trempé de la transpiration de la montée et le gilet fluo en plastique ne favorise pas l’évacuation de cette humidité, au contraire il l’amplifie. Je me désape et enfile un sous-vêtement technique d’hiver, plus un sous casque, un « Buff » et un coupe-vent. Je mets bien 20 minutes à ne plus grelotter.

Petite transition vers le Sampeyre mais gros changement de décor : fini les routes françaises aseptisées. Dès le premier mètre, c’est une route étroite grêlée des réparations d’une dizaine de générations de cantonniers. L’état de la route, mais surtout le panel de réparations mis en œuvre m’ont occupés l’esprit une bonne partie de l’ascension. Blague à part, c’est une montée comme je les aime. On est sous les arbres assez longtemps, c’est sauvage, ça tourne, c’est irrégulier, je n’ai pas vu passer le temps. L’arrivée au sommet sur un petit plateau est déconcertante.

C’est le point de jonction de plusieurs chemins de randonnée. Je crois même me souvenir que la route que j’ai empruntée se termine aussi sans revêtement. Je cherche le panneau mentionnant le col, une sculpture quelconque. J’aperçois une forme imprécise à une trentaine de mètres. Bingo, j’ai déjà vu cette…sculpture ( ?) sur des photos d’autres participants.

J’amorce rapidement la descente sur une route sans revêtement : ça secoue. Et pour cause, j’ai raté la bonne route (Merci le GPS) et me suis emmanché sur un chemin. Cette descente sera la pire de toutes. Même si la route est en moins mauvais état que l’autre versant, je suis tout le temps sur les freins. L’obscurité n’arrange rien. Ca tape, ça cogne, ça secoue, ça slalome au gré des défauts de la route…ça dure une éternité. Paf ! Je prends un trou et mon bidon de réparation est éjecté. Me voilà à chercher avec le phare démontes pneu, cartouches de gaz, multi outils, etc éparpillés sur la route en pleine descente. Je retrouve tout.

A Saint Martin, le GPS m’indique une route sur la droite. Je ne la trouve pas. Je continue, arrive dans le village donné et tâtonne un bon moment. Je continue sur la même route la descente contre l’avis du GPS. Arrivé en bas, je m’aide de Mappy itinéraire pour reprendre la bonne direction. Petite transition de 5 km et hop petite route sur la gauche et c’est parti pour la Fauniera. Pas une seule fois, je ne vois un panneau indiquant ce col. Je redoute cette montée après avoir lu un commentaire de Patrick G. « Interminable Fauniera ». Le jour se lève pendant l’ascension. C’est mon préféré des 7, mais aussi le chef de bande des 7 salopards. En son milieu, le revêtement est mauvais, voire inexistant, avec des ruptures de pente assez sèches. Par contre, les paysages, les odeurs, cette route qui ne s’est pas imposée au relief et ses obstacles, font de cette montée un régal.

J’arrive à la stèle Fausto Coppi, content d’en avoir fini. Je commence à ressentir l’accumulation du dénivelé. Photo de la stèle pour mon homologation, j’enfourche le vélo, m’apprête à repartir par la route devant moi. Le GPS n’est pas d’accord. Il m’indique une autre route à laquelle je n’avais pas prêtée attention, sur la droite, au détour d’une roche…avec un panneau indiquant le col de la Fauniera. Me revient alors en mémoire, la reflexion de Patrick G. « interminable Fauniera ». Je plussois !

Re-photo devant le panneau du vrai sommet de la Fauniera. J’interchange les branchements entre le GPS de guidage et mon Garmin 500. Ca ne tient que par un fil, l’expression au propre, comme au figuré. La descente commence par une route serpentant au sommet au milieu d’un chaos rocheux : impressionnante cette Fauniera. Puis on bascule dans un décor suisse. Autant l’autre versant était sauvage, autant celui-ci semble avoir été domestiqué. Il y a des marmottes par dizaines et j’ai peur d’en percuter une. Le revêtement est plutôt bon, il y a pas mal de locaux en vélo ou en ski à roulettes. Il fait beau, je ne ressens pas d’effet de ma nuit blanche : le moral est au beau fixe. Par contre j’ai faim, je sens la fringale qui pointe. J’arrive à Demonte et prends la route de la vallée pour cette transition d’une vingtaine de km vers la Lombarde. La broche de ma prise micro USB m’a lâché. La charge de mon Garmin 500 est à 16% : je les garde pour la fin de parcours pour l’homologation.

Je stoppe à Aisone pour un petit déjeuner. J’engloutis 5 croissants fourrés et un thé, refais le plein des bidons à la fontaine. Il est 9h00 : c’est mort pour terminer en moins de 24h00. Je sens que les jambes ne sont pas bonnes et que les 2 dernières ascensions vont être un calvaire.

La lombarde démarre par un mini Alpe d’Huez : une série de lacets assez resserrés, mais à l’ombre sous les frondaisons. S’en suis une longue portion en ligne droite, monotone et difficile, puis des paliers de niveaux que l’on franchit par de courtes séries de lacets. On débouche sur un plateau verdoyant et arboré, où la route est quasiment plate. Embranchement sur la gauche : direction la frontière, 8 km jusqu’au sommet. La première partie est boisée, puis la fin se fait sur un plateau pelé clairsemé de roches. L’ascension a été dure pour moi, mais je pense qu’elle n’est pas difficile intrinsèquement.

La descente vers Isola village se fait par une route large et rapide. On y laisse de la gomme de patins car les virages sont nombreux et serrés après de longues lignes droites. Il fait chaud et le vent s’est levé. Il sera favorable jusqu’à Saint Etienne de Tinée, terme d’une transition d’une quinzaine de km. Pause casse-croute à la boulangerie d’Isola Village : je la recommande, sandwich préparé sur le moment : le pain est frais, bien croustillant avec son jambon cru et fromage de pays.

La Bonette n’est pas dure dans son ensemble, même si j’ai trouvé que les difficultés allaient crescendo : déclivité et fort vent de face. Je la gravis avec résignation, j’évite de regarder les panneaux à chaque km. Je ne veux pas savoir, je sais déjà que c’est long. C’est suffisant.
Pause coca/Banane au gite d’étape de Bousieyas avant d’entamer l’assaut final. Bientôt j’aperçois un ensemble de maisons en ruines : cela me fait penser à ces villages engloutis que l’on peut voir quand les retenues d’eau artificielles sont vidées. En fait c’est un ancien camp en cours de réhabilitation : le camp des Fourches. Drôle d’endroit : on doit être à 2400-2500 mètres d’altitude et ça m’étonnerait que l’accès soit toujours possible en plein hiver. D’autant plus que l’environnement immédiat est très austère. J’ai le sentiment que de mauvaises conditions météo peuvent très rapidement engendrer des situations périlleuses entre le camp des Fourches et le sommet.

La route contourne un pan de montagne, quelques km avant le sommet : je prends un vent violent en pleine poire, qui souffle en rafales avec une pente qui s’est acrue. J’atteins péniblement le panneau indiquant « Jausiers direct » : c’est tentant, mais rendrait caduque ce que j’ai accompli jusqu’alors. Les 900 derniers mètres sont horribles. N’ayant plus de GPS depuis quelques heures déjà, je n’ai pas la pente, mais j’ai l’impression que ça fait plus de 10-12%, toujours avec ce vent violent contraire. Je mets un point d’honneur à ne pas mettre pied à terre. Dernier virage à droite (Je rallume mon Garmin 500) et j’aperçois la stèle terme de l’ascension. Je ne m’attarde pas : le ciel se couvre, les premières gouttes font leur apparition.
Je dévale la vingtaine de bornes jusqu’à Jausiers. La boucle est bouclée : 25 heures et quelques minutes, sous réserve de validation par notre Grand Maitre.

Je suis assez déçu. Mais les messages de félicitations me remettent rapidement les idées en place afin d’apprécier à sa juste mesure l’esprit du défi des 7 Majeurs. Je reviendrai, mais l’année prochaine. Car de Tours, c’est vraiment une expédition ! Les 7 salopards ont eu raison du pied-tendre…

Le bonheur au bout de la souffrance

Parti d’Isola à la conquête des 7 Majeurs le 24 août 2017, Pascal LEPINE a bouclé son parcours le lendemain, rejoignant ainsi le rang des « Maîtres » de la Confrérie des 7 Majeurs. Voici le récit de son périple :

« Départ d’Isola village à 6h20 pour la Lombarde. Juste le bruit de la nature pour m’accompagner au sommet. De Démonte, le col de la Fauniera, effectué avec mon ami Karim, découvre ses charmes , de la verte campagne au sommet minéral, Marco Pantani nous attend.

Je descends , sous une pluie dense vers Stroppo pour rejoindre le long et douloureux col de Sampeyre. A l’arrivée, une lumière couverte par une masse nuageuse brune. Je suis seul. Un panneau très récent signale une descente « compliquée ». Je n’ai pas le choix. Une nuit d’hôtel m’attend à Pontechianale à 15 kms du Col Agnel.

Le matin, à 7h10, je monte vers le col Agnel , de nouveau seul, mais accompagné par les cris des marmottes qui m’observent, attentives et peu discrètes. Elles sont chez elles !!

Le col Agnel est superbe. J’ai de la chance. Il fait très beau.Descente dans la vallée pour rejoindre, après Château-Queyras, le mythique col d’Isoard.

Le Tour de France est présent à chaque virage , en hommage aux champions passés, présents, et d’avenir ! Il fait bon à l’ombre des sapins. L’arrivée sur la Casse Desserte est stupéfiante. Quelques rochers éparses. Il n’y a plus d’arbre.

La descente vers Briançon est très rapide. Le bitume est de très bonne qualité. Merci les Collectivités Territoriales. Merci le Tour de France !

Il fait très chaud. Le Col de Vars est douloureux au départ de Guillestre mais très agréable , ensuite jusqu’au sommet.

Pour le col de la Bonnette, je suis, de nouveau, le seul cycliste à monter depuis Jausiers. Il commence , peut-être  » à faire tard » !

Quelles émotions sur les derniers kms !! dans ce décor grandiose, j’observe, à mon allure de  » cycliste fatigué » les regards apeurés des marmottes face au vol des aigles.

Au sommet, le silence ! Il est 19h30

Je m’accorde 15 mn pour figer ce savoureux moment, en attendant la descente vers Saint Etienne et Isola.

Quelle chance de pouvoir réaliser un tel parcours !! Un peu de souffrance, beaucoup de bonheur, il ne reste plus qu’à réfléchir aux nouveaux parcours ! Merci les 7 cols Majeurs !! »

L’épopée des 7 Majeurs selon Christian Samon

Parti à la conquête des 7 Majeurs depuis Fedio, au pied de la Fauniera non loin de Demonte, Christian Samon a décroché le titre de Maître de la Confrérie au prix d’une volonté sans faille. Très rapidement soumis aux affres de la météo il aurait pu être tenté de rebrousser chemin pour attendre que les cieux se montrent plus favorables. Il n’en fut rien. La chance souriant aux audacieux, Christian a poursuivi sa route retrouvant progressivement des conditions beaucoup plus sereines pour un tel périple.

Quelques heures après en avoir terminé, voici son compte rendu.

 » Défi des 7 Majeurs, quelle épopée. Tout d’abord je voudrais vous remercier de vos soutiens par message. Dans mon cas, seul dans cette aventure, de vous lire, c’etait mon seul lien, mon unique motivation. Alors un grand merci à vous tous.

Parti de Fedio mercredi 16 août vers 19h00, après avoir cassé du caillou toute la journée, mon début d’aventure ce fit sous la pluie, ce qui a un peu ébranlé ma détermination…. mais au final elle fut trempée comme l’acier.

C’est la Lombarde et la nuit naissante qui leva le rideau sur la formidable aventure que j’allais vivre, même si elle se terminera dans une souffrance innommable.

Lombarde, Bonette et Vars, 3 premiers cols pour moi seul. Un ciel scintillant et une lune rousse qui rendait l’atmosphère un peu plus magique. Renards, Linx, chats harés, biches, chevreuils étaient au Rdv.

Au sommet de Vars ou j’appréciais la levée du jour, un coup de fil à Sergio. On confirme notre Rdv a Briancon pour la montée de l’Isoard ensemble avec l’indestructible Claire. Merci à vous 2, votre compagnie m’a fait le plus grand bien.

On se quitte avec toutes les recommandations de prudence du papa Sergio.

L’Agnel a 12h00 fut une véritable fournaise. C’est la raison pour laquelle je n’y ai croisé que des cyclistes descendants. Ensuite de Cianale à Sampeyre, la descente se fait sur une route défoncée, un véritable piège à cycliste. La plus grande vigilance est de rigueur sur cette route.

Le col de Sampeyre est à la même enseigne. Au passage merci à Claire, la pharmacie est un bon repère. Je vais essayé d’oublier ce col ou tu es en prise durant 20km durant dans des pentes oscillant ente 7 et 10%, le 7% étant plutôt anecdotique.

La fin du col est féerique, c’est un peu la récompense. Ensuite, complètement maso, j’en remets une couche dans le col delle Esischie. Celui là, encore à l’état sauvage est un véritable écrin. À son sommet, je m’habille pour l’ultime descente vers Demonte où je rêve à une bonne douche et dodo. Le dernier km vers la Fauniera fut atroce, comme pour la Fausto Coppi. 

Enfin la descente fut difficile avec le sommeil qui me gagnait. Nombreux arrêts pour m’arroser le visage tout en le fouettant un peu. Dieu soit loué, je rentre sain et sauf. Encore un grand merci à vous tous, vous m’avez été d’un grand réconfort. Le mot de la fin à ma petite femme Zaza, inquiète jusqu’au bout, tant elle ne voulait pas me savoir seul dans cette aventure. »

41 nouveaux membres pour la Confrérie des 7 Majeurs

L’intérêt suscité par le parcours des 7 Majeurs va crescendo. Les conditions météorologies depuis la mi-juin étant relativement favorables, les départs se succèdent. La saison 2 voit notamment bon nombre d’italiens rejoindre la Confrérie. Véritable ode à la montagne, le parcours est certes redoutable, notamment pour ceux qui tentent de le boucler en moins de 24 heures pour décrocher le grade suprême de « Grand Maître », mais il permet d’évoluer dans des paysages grandioses avec en toile de fond le Mont Viso. Les 7 Majeurs n’est pas seulement un challenge cyclosportif, c’est aussi l’occasion de partir à la découverte d’une mosaïque de paysages à cheval sur la frontière franco-italienne.

Alors que la saison bat son plein, 41 nouveaux membres ont rejoint la Confrérie des 7 Majeurs au 16 juillet 2017 et de nombreux départs se profilent à l’horizon.

En attendant la mise à jour détaillée du tableau d’honneur, voici un aperçu des nouveaux membres.

  • Grand Maître (parcours bouclé en moins de 24h)
    • Amilcar DOMINGUES
    • Urbain BERNARDO
    • Aimé ARNAUD
    • Thomas POCAUT
    • Thomas DUPIN
    • Karel KRALOVEC
    • Guillaume GARNIER
    • David DE VECCHI
    • Julien LODOLO
  • Maître (parcours bouclé en moins de 48 h)
    • Pascal PAINEAU
    • Mathieu KAUFFMANN
    • Mario COCCO
    • Stefano RAGUSO
    • Sandro DANDRIA
    • Guilio VOZZOLO
    • Luigi ASTORRI
    • Hervé GOIRAN
    • Frédéric MOLINARD
    • Bernard DARDENNES
    • Barbara BONORI
    • Stefano LOSCO
    • Paola MACEDO
    • Maurizio BRANDOLINI
    • Matteo MALINVERNO
    • Ludovic GIRARD
    • Laurent CONNESSON
    • Simone BERTELLI
    • Yann BRAYMAND
    • Martin ANGIONI
    • Marc LALANDE
    • Maximillian CELINO
    • André PEREZ
  • Membre (parcours bouclé au delà de 48h)
    • Robert DUCRET (3 jours)
    • François SCHMIT (3 jours)
  • Aspirant (moins de 7 cols escaladés)
    • Paul MARCONNET (5 cols)
    • Eric JABY (3 cols)
    • Christian LORPHELIN (4 cols)
    • Nuno CAETANO (5 cols)
    • Max BIZAR (4 cols)
    • Johan RIGOULAY (5 cols)
    • Tristan CABOCHE (5 cols)
    • Florian PONZIOT (5 cols)
    • Adrien ESTIENNE (5 cols)

 

36 heures de complicité pour Ludovic et Matthieu

Ludovic Girard et Matthieu Kaufmann sont devenus « Maître » de la Confrérie des 7 Majeurs après avoir bouclé le parcours en 36 heures. 36 heures pendant lesquelles ils ont savouré chaque kilomètre de ce périple cyclomontagnard haut en couleurs comme en témoigne le résumé « à chaud » de leur chevauchée complice sur les cimes.

« Nous sommes partis de Guillestre le 30 juin à 5h40 et sommes arrivés le 1er juillet à 17h30. Ces 36 heures passées sur la route des 7 majeurs ont été une belle ballade, où nous avons vus beaucoup de marmottes, un renard, un bouquetin, mais pas de raton laveur…

Nous avons mangés plein de bonnes choses :

  • des  pâtes excellentes quelques kilomètres avant le village de Sanpeyre
  • une très bonnes pizza avec un grand choix de bières à l’hôtel Restaurant WOLF à 4 km après Demonte en direction de Cuneo
  • et une quiche lorraine savoureuse à la boulangerie d’Isola, avec en prime une terrasse au soleil !

Nous avons bénéficié de bonnes conditions météorologiques malgré des températures relativement fraîches (entre 2 et 6 degrés aux sommets), mais pas de pluie.

Par chance, notre montée de l’Isoard, le vendredi 30 juin au matin, s’est faite sur route fermée aux voitures, avec ravitaillement en fromages et produits du terroir au sommet ! Un vrai bonheur…

La montée de Fauniera est véritablement magnifique, mais terrible surtout lorsque l’on arrive col del Morti et qu’il faut encore un peu grimper pour rejoindre la Fauniera et la Stèle à la gloire du Pirate. J’ai hâte de revoir ces paysages, et je devrais donc revenir vers le 22 juillet. Cette fois ce sera au départ de Molines en Queyras, avec mon frère Christian. Après l’aventure en autonomie, nous bénéficieront cette fois d’une assistance pour tenter de décrocher le grade suprême de « Grand Maître »…« 

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